L’ostéopathie pour la femme enceinte et la nouvelle maman

Par Mélanie Alain

La grossesse et la période postnatale peuvent parfois revêtir des défis particuliers pour une femme. Le corps agit et réagit différemment et le traitement des douleurs doit aller de pair avec la facilitation de l’accouchement, le bien-être du bébé et le retour à la normale après la naissance.

Or, la femme peut profiter des bienfaits de l’ostéopathie tout au long d’une grossesse. « On travaille les lombaires, les dorsales, l’utérus, on enlève le maximum de tensions et de douleurs pour que le corps soit le plus confortable possible, indique Anaïs Séguin, ostéopathe chez Spinal Mouvement, à Montréal. On veut aussi débloquer le diaphragme et le plancher pelvien pour qu’ils soient mobiles et souples. Il ne faut aucun blocage à l’accouchement, comme un coccyx bloqué qui empêche le bébé de passer. L’utérus doit être bien mobile et innervé pour se contracter comme il le faut. »

Peu d’éléments différencient les traitements et techniques dont l’ostéopathie se sert pour la femme enceinte de ceux employés pour le reste de la population, ajoute-t-elle. « La différence, c’est que s’il y a une fausse couche, on ne veut pas qu’une personne l’associe à nos manipulations. On s’abstient donc de faire des manipulations gynécologiques par voie interne au début de la grossesse jusqu’à la 17e semaine pour ne pas faciliter la sécrétion de relaxine », une hormone qui provoque le relâchement du bassin.

« Au premier trimestre, on travaille le foie et les reins pour éviter les fausses couches : on équilibre les hormones afin qu’il y ait assez de progestérone », explique Anaïs Séguin.

« À partir de la 37e semaine, on prépare le corps pour l’accouchement, poursuit-elle. Il y aura une "compression du quatrième ventricule actif" au niveau crânien pour favoriser le parasympathique et le déclenchement de l’accouchement. Avec les techniques par voie interne, on va travailler le col de l’utérus pour une meilleure vascularisation. On va aussi aider le bébé à bien se placer, à descendre et à s’appuyer sur le col. On ne fait que suivre ses mouvements; on ne va pas pousser dessus ou le tourner comme peuvent le faire les médecins. Ensuite, on va stimuler les hautes lombaires, les faire bouger pour aider le système nerveux à déclencher les contractions. On va travailler les membranes obturatrices, les muscles du plancher pelvien pour que tout soit très souple, qu’ils puissent absorber toute compression potentielle. »

Parmi les raisons fréquentes de consultation pour les femmes enceintes et les nouvelles mères, Mme Séguin énumère les douleurs au bas-ventre (comme des crampes), au bas du dos (soit les régions sacro-iliaque et lombaire) et au milieu du dos (les vertèbres dorsales).

«Quand la grossesse se passe bien, on peut suggérer des traitements aux quatre à six semaines pour booster le système», suggère-t-elle. Autrement, ils peuvent être plus fréquents. Par ailleurs, «on peut faire un suivi post-accouchement parce que beaucoup de choses se déplacent dans le corps. Les mères pourraient aussi souffrir des omoplates, par exemple, à cause du poids du bébé qu’elles tiennent dans leurs bras lors de l’allaitement.»

Quelques exercices à ramener chez soi

Pour la nouvelle ou la future maman, l’ostéopathe et kinésiologue Émilie Fecteau a rédigé un livre qui propose divers exercices favorisant la mobilité, la flexibilité, le renforcement musculaire et la respiration. Selon l’auteure, ceux-ci permettent d’améliorer la posture, le sommeil et l’estime de soi durant la grossesse. Ils réduisent les douleurs au dos, au bassin et les risques d’entorse aux chevilles; ils améliorent le support de l’utérus, le positionnement du bébé, la préparation à l’accouchement, ainsi que l’oxygénation de la mère et de l’enfant; et ils accroissent le niveau d’énergie.

Le renforcement musculaire inclut notamment :

(1) la contraction et le relâchement du plancher pelvien (pour supporter l’utérus, prévenir l’incontinence, et aider les abdominaux et le fessier à stabiliser le bassin);
(2) le renforcement du muscle transverse de l’abdomen, des muscles obliques entre le thorax et le bassin, (3) du muscle fessier et (4) des bras très sollicités après la naissance du bébé;
(5) les exercices de respiration pour renforcer le diaphragme et préserver sa mobilité (puisque la respiration augmente de 14 à 16 mouvements par minute durant la grossesse, le diaphragme grimpera de 4 cm et les côtes s’ouvriront pour que l’utérus monte).

À éliminer : les redressements assis et les mouvements qui nécessitent de fléchir le tronc. En outre, le poids du bébé peut comprimer la veine cave chez certaines femmes quand elles se couchent sur le dos à partir du deuxième trimestre, entraînant des difficultés à respirer, des nausées et des étourdissements. Les exercices sur le dos seraient alors à proscrire.

Explorons brièvement certains exercices du livre « 75 exercices thérapeutiques pour la future et nouvelle maman » d’Émilie Fecteau.

Pendant la grossesse

#33. Jogging sur place

#37. Sumo squat : en position debout, fléchir les genoux comme si on allait s’asseoir, tout en amenant les bras droit devant soi.

#45. Planche latérale dynamique (pour travailler les muscles profonds latéraux) : se mettre sur le côté droit et soulever le bassin en appuyant le coude au sol. Le genou (droit) du dessous reste fléchi à 90 degrés durant l’exercice.

#59. Stimulation des reins : debout ou assise, le tronc légèrement penché vers l’avant, frotter le dos rapidement de haut en bas avec les poings, de part et d’autre de la colonne vertébrale, entre les omoplates et le bassin.

Après l’accouchement

#72. Diaphragme avec élastique : assise en tailleur, le dos droit, tenir un élastique d’exercice à la hauteur du diaphragme avec les mains aux deux extrémités. Tirer sur l’élastique à l’inspiration pour ouvrir les côtes. À l’expiration, laisser les côtes se fermer en relâchant progressivement l’élastique.

Si la cliente était active avant la grossesse, le programme offert dans le livre pourra comprendre des exercices plus fréquents et durant plus longtemps qu’une cliente sédentaire.

Émilie Fecteau recommande également que les clientes enceintes ou nouvellement mères choisissent un entraînement cardiovasculaire (ski de fond, marche, vélo stationnaire, natation, raquette, etc.) et suggère d’éviter les sports avec sauts, risques de chute ou exigeant beaucoup d’équilibre durant la grossesse. Des exercices sont aussi disponibles pour le bébé.

1. Fecteau, Émilie, «75 exercices thérapeutiques pour la future et nouvelle maman : prévenir et soulager les douleurs et l’inconfort liés à la grossesse et à la période postnatale», Les Éditions de l’Homme, 2015, 192 pages.

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